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Je me réjouis de nous voir si nombreux à l'appel de cette réunion qu'avec A. de Mijolla nous avons projetée et élaborée ensemble, saisissant l'opportunité de combler un certain manque. Le thème si fécond de ce Congrès n'était-il pas une invite à nous préoccuper de malades trop souvent oubliés dans nos réunions scientifiques ?
Que la question de l'alcoolisme fasse encore problème ne peut échapper à personne : problème pour le malade, pour les ligues antialcooliques, pour la société, mais aussi pour nous, psychanalystes. Promu par Freud, dans ses derniers écrits, au rang d'une technique de survie, au même titre que la névrose ou la psychose, l'alcoolisme n'a pas encore obtenu le statut de maladie mentale, alors que tel est devenu le cas des organisations non moins ardues qui posent aujourd'hui encore le problème de l'indication de la psychanalyse. On peut penser que ni pour Freud — qui n'a jamais élaboré de théorie en cette matière —, ni pour ses successeurs, le malade alcoolique n'a jamais été un « choix d'objet d'amour », et il nous semble important de nous interroger sur les raisons de ce rejet qui n'est pas sans parenté avec celui de l'opinion publique et du malade lui-même qui se vit et s'offre à voir comme un être « déchu » du fait de l'absorption abusive de l'alcool. Tout se passe comme si nous devions encore nous persuader de la vieille affirmation de Ferenczi qui, pris à partie par Bleuler, déclarait que c'était la névrose qui créait l'alcoolisme et non point l'inverse.
La réunion d'aujourd'hui constitue donc une sorte d'événement, car c'est la première fois que la question de la maladie alcoolique est portée à l'ordre du jour d'un Congrès des Psychanalystes de Langues romanes. Nous espérons que vous nous aiderez à élucider les difficultés