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« Ne regarde pas le vin : comme il est vermeil !
comme il brille dans la coupe !
comme suavement il coule !
Il finit par mordre comme un serpent,
piquer comme une vipère. »
Rien de plus banal, dans notre civilisation, que le fait de boire de l'alcool pour qui n'a pas érigé l'abstinence en principe. Qui d'entre nous n'a pas, quelque soir, puisé dans une bouteille le courage d'une amoureuse déclaration ou d'un aventureux projet ? Qui ne s'est pas, au moins une fois, légèrement ivre, ressenti miraculeusement transformé en cet habile parleur que seules, d'habitude, certaines rêveries lui permettaient de figurer ? Qui n'a pas, dans un moment de liesse toxique, réalisé tel exploit physique, tel défi mondain ou telle incroyable absurdité, faisant enfin la nique aux cols empesés d'une existence trop bien ordonnée ? Qu'il se désigne, celui qui n'a jamais « arrosé » ce succès attendu, cette bonne nouvelle marquant le tournant d'une page amère, celui qui n'a pas éprouvé le besoin d'atténuer dans l'engourdissement excité de l'alcool la cruelle morsure d'une perte réelle ou imaginaire, d'un désenchantement ou d'un terrible malheur.
Même si leurs lendemains chantent bien souvent faux, les soirées