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Avec l'écoute, avec l'écoute de l'attention flottante, jusqu'où pouvons-nous dire: jusque-là c'est moi? Avec l'écoute flottante, quand nous entendons ce que nous avons écouté, nous disparaissons de notre Moi là où nous avons écouté. Pour «voir», il faut perdre la conscience de soi, et pour avoir conscience de cette vision, il faut cesser en quelque sorte de voir.
Pour écouter, il faut perdre aussi la conscience de soi, mais pour avoir conscience de cette écoute, il ne faut pas seulement cesser en quelque sorte d'entendre mais aussi, en quelque sorte, sauter au-dessus du langage, de sa signification, comme de sa vibration, et retomber là… d'où c'était parti: l'articulation (au sens propre et figuré). L'écoute va de pair avec le silence: c'est un moment de l'articulation, un moment seulement, ce n'est qu'une partie du syntagme. Idéalisée ou privilégiée, l'écoute devient l'écouteurisme, et les protagonistes de l'analyse ne se réduisent qu'à leur seule écoute.
On peut imaginer un psychanalyste aveugle, certainement pas un psychanalyste sourd. La fantaisie de ce déplacement de l'angoisse de castration se meut jusqu'à la rencontre simultanée de ces deux propositions:
— l'une, très commune: «Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre»;
— l'autre, plus hiérarchisée: «Il n'y a pire sourd que celui qui croit tout entendre.»
La surdité psychique peut atteindre aussi bien l'analyste que l'analysé; quelquefois les deux en même temps: c'est alors une aphasie d'articulation, un foyer de surdité, comme une tache aveugle. Ce foyer de surdité est dans le langage comme la tache aveugle est dans la vision.
La ligne de la plus grande résistance passe par la nécessité (une «Ananké») de ce foyer de surdité. Les philosophes l'ont appelé le