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Un ethnologue, Pierre Clastres, vient de publier une étude sur la vie d'un groupe d'Indiens du Paraguay (1). Etude d'autant plus importante qu'elle décrit la vie d'une tribu de chasseurs nomades, vivant isolés dans la forêt, dans des conditions matérielles qui rappellent l'âge de pierre. Se déplaçant sans constituer d'habitat durable, ignorant la culture, n'ayant que des outils de pierre et de bois, ces Indiens vivent entièrement nus, dormant sur le sol, redoutant les autres tribus indiennes et les Blancs.
L'étude de Clastres, qui s'était astreint au préalable à la connaissance de la langue, est d'autant plus intéressante qu'elle décrit une vie collective constamment dominée par des fantasmes inconscients. Fantasmes si peu refoulés, qu'ils peuvent se passer d'interprétations psychanalytiques poussées pour être compris dans leur origine libidinale. Toute la vie sociale de ces Indiens est en effet structurée par des rites visant à réglementer la vie sexuelle et à réduire l'angoisse de mort qui les hante constamment.
Sur le plan économique la vie est communautaire et la nourriture est partagée. L'activité de ces Indiens est d'ailleurs réduite au minimum vu l'absence de besoins de logement, d'habillement et de matériel. Elle se limite à la chasse au gibier pour les hommes et à la cueillette de fruits et de larves par les femmes. Mais ces activités élémentaires essentielles sont constamment sous-tendues par le double thème fondamental de la mort et de la sexualité.
L'arme du chasseur, l'arc et sa flèche de bois, est le symbole de la virilité. Les femmes ne doivent pas la toucher: elles la contamineraient. Le pire malheur pour l'homme est la malchance à la chasse. L'impuissance de sa flèche, signe que la mort est sur lui. Il est rejeté hors du groupe des hommes. Le panier pour la cueillette est signe de la féminité. L'homme qui ne peut tirer la flèche pour chasser n'en est pas un. C'est le cas de l'homosexuel qui refuse avec dégoût de toucher un arc et qui porte le panier et