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«Combien de temps faut-il, Monsieur, pour faire le tour du lac à pied? demande la jeune fille.
— Deux heures et demie, Mademoiselle.»
Je n'ai pas le temps, songea-t-elle. Je n'ai plus que deux séances d'analyse. Et je ne suis pas certaine qu'il veuille m'épouser. Il m'a tenu des propos que l'on tient à une servante. Pourquoi accepterais-je ses excuses? Il se comportera de la même façon à la prochaine occasion. Décidément, je dois marcher seule. Inutile de me faire accompagner. Je le giflerais. Cette douleur à la joue droite m'empêche de marcher, tout au moins au bord du lac. Je suis oppressée. Pourtant je ne l'ai pas laissé s'approcher de moi. Non, je ne veux pas.
Mais pourquoi s'enferme-t-il avec moi dans son cabinet pendant des heures? Peut-être sa femme n'est-elle rien pour lui? Non, ce n'est pas lui qui m'a dit cela. C'est le mari de celle qui m'a donné des leçons de choses. Si l'on peut dire. Elle me parlait de l'épaisse forêt qui borde le lac, des nymphes que l'on voit la nuit. Et moi je regardais ses lèvres, fascinée.
Deux heures. Tout juste le temps de revoir la Madone Sixtine à Dresde. Derrière la Madone, au fond du tableau, il y a des nymphes fascinantes. J'étais restée deux heures devant ce tableau, en admiration, devant la Dame. Ah! la blancheur de ce corps ravissant. Heureusement que j'avais refusé d'être accompagnée par mon cousin.
Mais je prendrais bien le bateau pour traverser le lac s'il voulait m'accompagner. Non, la mer. Aller en Amérique. Il paraît que le tableau n'est plus à Dresde mais à New York.
Le Professeur vient de publier mon cas, mais je n'arrive pas à lire correctement. Mon mari, par complaisance, a essayé de m'en faire la lecture, mais je n'entends plus très bien de l'oreille droite. Autrefois j'avais mal à la joue. J'ai remarqué que le Professeur avait fait l'oubli d'un «non»