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Peut-être quelques-uns parmi vous ont-ils séjourné en forêt vierge: ils ont pu constater alors, avec étonnement, que la forêt vierge authentique, ni brûlée ni déboisée, n'est certes pas comparable à des forêts non tropicales, mais qu'elle est quand même pénétrable parce qu'il n'y a pas beaucoup de taillis ni de broussailles. La toiture épaisse, à 30 mètres de hauteur, que forment les troncs, empêche près du sol toute vie végétale trop envahissante.
Si l'on commence à détruire ce toit protecteur, une végétation impénétrable envahit bientôt le sol, même si les arbres repoussent ensuite. Ceux parmi vous qui ont visité Palenque, au cours du dernier Congrès mondial de Psychiatrie, ont pu apercevoir, près du golfe du Mexique, cette forêt vierge impénétrable. L'autre espèce de forêt vierge, celle qui est pénétrable, se trouve par exemple près des ruines de Tikal au Guatemala.
Il est inhabituel de commencer une conférence scientifique par des images, mais je veux les utiliser seulement comme des métaphores pour introduire et situer ma position de recherche par rapport à la psychose:
Je voudrais d'abord saisir le phénomène de la psychose sous une forme authentique, quasi in statu nascendi à travers la parole même du malade. Puis j'essaierai d'élaborer les «données» de la psychose en évitant des extrapolations à partir des structures de la névrose, c'est-à-dire en faisant le chemin du dedans vers le dehors, et non pas en m'arrêtant dans «les taillis en bordure» qui parfois bloquent l'accès vers l'intérieur.
J'ai pris la métaphore de la forêt vierge pour désigner le caractère spécifique de cette terra incognita et de ce qu'on appelle en allemand la Fremdheit, c'est-à-dire ce qui est à jamais étranger et insaisissable par une simple extrapolation de la vie quotidienne. Il faut avoir le courage de reconnaître le fossé qui nous sépare de la psychose.