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Il y a beau temps que le terrain de la tragédie hellénique est revendiqué par les mythologues, les hellénistes et les psychanalystes surtout depuis que ceux-ci, Freud le premier à la fin du siècle dernier, ont essayé de désénigmatiser les mythes en construisant celui du «complexe d'Œdipe».
En lisant ces auteurs nous ressentons à la fois du plaisir et du déplaisir et, par une sorte de réaction synergique, une curiosité surgit ou est stimulée, curiosité «œdipienne», dirais-je en anticipant; elle nous invite à analyser leurs textes pour voir, savoir et découvrir un certain manque qui se dérobe et qui peut-être serait le chaînon nous permettant de comprendre et de sentir la «Gestalt» anthropologique et la beauté que nous offre la lecture de la tragédie hellénique.
Cela ne veut pas dire que nous possédions la clef du code. La tragédie, comme toute œuvre d'art, a son secret indécryptable qui laisse une marge pour que les fantasmes du lecteur ou du spectateur se développent. Ce secret, ou cette méconnaissance indéfinissable, ne constitue-t-il pas peut-être ce que nous appelons le «talent» du créateur? En ce sens nous pouvons dire avec A. Green que «l'œuvre d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, pour créatrice qu'elle fût, n'échappa pas moins à la méconnaissance qui marque tout sujet à l'égard du signifiant qu'il énonce».
Les réflexions qui vont suivre sont la suite de la lecture d'une série d'articles tels que: Œdipe sans complexe, de J.-P. Vernant (Raison présente, 4, 1967); Ambiguïté et renversement. Sur la structure énigmatique d'Œdipe Roi, du même auteur (Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Maspéro, 1972, en coll. avec P. Vidal-Naquet); L'Œdipe avant le complexe, de D. Anzieu (Les Temps modernes, oct. 1966, n° 245). Un œil en trop, de A. Green (Ed. de Minuit, 1969); Réflexions sur l'Orestie, de Melanie Klein (Envie et gratitude, Gallimard, 1968); Le mythe d'Electre, de Pierre Bruner (Albin Michel, 1972) et Freud et le complexe d'Œdipe, de René Girard (La violence