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Le titre de ce livre nous place d'emblée au cœur de la position théorique des auteurs. Il nous semble intentionnellement orienter la compréhension de l'anorexie mentale bien au-delà des régressions et des fixations orales, vers une appréhension des rapports entre le corps tout entier (donc le Moi) et les pulsions d'une part, les objets d'autre part, avec tout ce que la relation alimentaire peut signifier ici dans les conflits internes et dans la répartition des investissements narcissiques et objectaux. Si le premier dualisme instinctuel oppose la faim et l'amour, le second la libido narcissique et la libido objectale, le troisième l'amour et la mort, la faim et le corps condensent ces trois dualismes en nous confrontant à une perversion de l'instinct spécifique de la sexualité humaine: l'investissement érotique de la faim, résultat d'un retrait de la libido objectale qui aboutit à un narcissisme secondaire léthal pour le corps.
Déjà, lorsqu'il s'agit du nourrisson, l'anorexie apparaît comme la résultante de relations complexes entre les vécus corporels de l'enfant et les soins maternels (avec la richesse de connotation que Freud et ses successeurs introduisent dans le mot «soins»). Lorsqu'il s'agit des adolescents dont il est question ici, nous nous trouvons devant une organisation qui cristallise autour du symptôme toute l'histoire du sujet, dans sa relation à lui-même et à autrui. Au plus près du comportement de ces adolescents, le refus d'incorporer, le rejet de ce qui a été incorporé (par vomissements ou laxatifs) fixent au niveau de la sphère digestive les images d'un corps qui maintient dramatiquement ses limites grâce à ce refus et à ce rejet. Si l'anorexique en est arrivé là, qu'il ne peut fantas-matiquement conserver l'unité de son corps — voire son identité — qu'en déniant le fonctionnement instinctuel nécessaire à sa conservation, c'est que la libido narcissique a désinvesti le Moi corporel au profit d'un idéal qui exclut les pulsions sexuelles et agressi