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Une jeune psychanalyste non dépourvue de fantaisie voulut apparemment soumettre au jeu de la vérité un collègue en attente d'être reconnu par ses pairs. Celui-ci n'eût certes pas dédaigné l'intronisation mais il se devait de ne pas montrer une trop grande convoitise. Aussi allait-il répétant que c'est avant tout de soi-même qu'on s'autorise à être psychanalyste.
Freud n'aurait pas forcément récusé ce jugement, pensa-t-elle, qui disait que chacun dispose en lui-même de l'appareil nécessaire à interpréter correctement les manifestations de l'inconscient de ses semblables… et du sien. Mais elle s'entendait aussi, dans le même temps, dire comme Zazie: «tu causes, Gabriel, mais est-ce que tu sais faire?».
Elle en était restée sur cette interrogation lorsque quelques jours plus tard elle se sentit soudainement très seule et triste. S'attendrissant un moment sur elle-même, mais non sans humour, elle songea: «ma pauvre Karin (car c'était son nom), pourquoi ne téléphones-tu pas à un service d'amical dépannage en dramatisant quelque peu ta situation? Tu verras bien ce qu'on peut te dire en pareil cas». Sur ce, elle décrocha son récepteur et composa machinalement le numéro.
Quelle ne fut pas sa surprise en entendant au bout du fil la voix de Gabriel! Elle comprit vite sa méprise et se ressaisit aussitôt:
— «Je cherchais à joindre quelqu'un qui puisse m'aider à me sortir de l'état de désespoir où je me trouve…»
Comme son interlocuteur semblait prêter une oreille attentive, Karin poursuivit:
«… Je ne pense qu'à me suicider, parce que mon mari ne m'adresse plus la parole et je suppose qu'il ne m'aime plus. Les seules occasions où nous avons des contacts, il me bat violemment… je devrais peut-être voir un médecin.
— Ou un psychanalyste, dit la voix, posément.