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L'article spécialement consacré par Freud à l'humour, en 1928 (1), se situe entre deux points de repère importants, écrits avant et après cet article, L'avenir d'une illusion d'une part et Malaise dans la civilisation d'autre part. Ces deux études, assez pessimistes, dénoncent comment, en particulier dans les groupements humains, le triomphe de la récupération narcissique ne peut se concevoir qu'en contrepartie d'un renoncement pulsionnel notable; ils expriment, entre autres prédictions inquiétantes, la sourde approche de l'instinct de mort sous le couvert de l'illusion groupale alors que le court article sur l'humour apparaît au contraire, entre ces deux parties dramatiques, comme un divertissement plein d'espérance dans une collusion possible, narcissique et pulsionnelle, au profit de l'Eros, une activité à la fois individuelle et libidinale sur laquelle toutes les instances, habituellement si opposées, se trouveraient pour une fois d'accord, y compris les instances parentales sous le couvert du «Surmoi» (modèle 1920, modifié 1927).
Freud ne nous a pas habitués à une telle sollicitude dans ses descriptions du Surmoi et J. Strachey lui-même en paraît très étonné quand il s'exclame, non sans ironie sans doute: «For the first time, we find the super-ego presented in a very amiable mood!» (S.E., XXI, p. 160).
Avant tout essai de compréhension des mécanismes mentaux si variés et si complexes mis en œuvre dans l'humour, il paraît nécessaire de bien distinguer tout d'abord ce qui différencie l'humour des autres formes d'activités psychiques rangées, à tort ou à raison, au sein de catégories considérées comme voisines.
Freud s'adresse au registre économique pour établir cette distinction; il définit le jeu d'esprit comme l'épargne d'une dépense d'inhibition, le comique comme l'épargne d'une dépense de représentation