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Lorsque Freud parle à propos de l'humour de triomphe narcissique sur les misères de la vie affective par un déplacement momentané d'investissement du moi sur le surmoi, il ajoute aussitôt: «II nous reste beaucoup à apprendre de l'essence du surmoi.» Si en effet le surmoi réconforte ici le moi «comme le père son enfant», il apparaît dans son aspect aimant et protecteur plutôt que dans son aspect interdicteur. Cependant la notion de «triomphe narcissique» sur les affects nous paraît mériter une étude un peu plus détaillée, dans la mesure où le rire et le plaisir dans l'humour nous semblent exprimer des sentiments ambigus par rapport au surmoi.
La genèse du sens de l'humour dont Edith Jacobson nous donne un aperçu dans son article «The child's laughter» («Notes cliniques et théoriques sur la fonction du comique») (1) nous permet de préciser les conditions d'apparition du rire dans sa fonction économique, dont nous retrouvons certains aspects dans l'humour.
Les expériences de Spitz et de Blatz établissent les liens entre l'apparition du rire et le système moteur. De deux mois à deux ans, trois groupes de stimuli provoquent le sourire: extéroceptifs (tactiles, visuels, auditifs, rythmiques), proprioceptifs, observation de mouvements rapides et soudains de personnes ou objets. Ces stimuli ont un effet contagieux sur le système moteur, mais le bébé est incapable de répondre de façon appropriée sur le plan moteur et le rire décharge alors le tonus en excès. Une observation plus approfondie montre que dans la production du rire le développement des affects se fait en deux temps qui peuvent alterner rythmiquement: une phase initiale de tension anxieuse mélangée avec un plaisir rapidement croissant qui dissout la peur. La peur vient de la surprise et de l'intensité de l'expérience motrice. Le plaisir semble en partie un plaisir moteur direct, en partie un plaisir émotionnel dérivé de la conscience du caractère inoffensif du processus et de l'anticipation d'une fin plus agréable.