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Les histoires de fous, bien qu'elles ne soient pas vraies ou pas drôles, nous avertissent au moins qu'à travers l'absurde se nouent des liens entre l'esprit, l'humour et la folie. J'essaierai d'explorer ces liens, autant pour marquer les différences que les parentés. Car mon intention n'est pas de prétendre que l'humour soit défensivement gagné sur la psychose ou la folie; nous connaissons assez, pour n'y point céder, la tendance à faire dériver de quelque psychose originelle et originaire les innombrables facettes de la vie névrotique ou de l'activité sublimatoire.
Au demeurant mon propos comprend une distinction qui se résume à dire que folie n'est pas psychose, la première étant d'ordre psychologique et la seconde d'ordre psychopathologique. La folie a ses stratégies, qui sont mentales comme elles sont relationnelles, et que nous tâcherons à préciser. Ces stratégies sont employées selon des modalités et à des fins différentes dans les psychoses et dans l'humour, en particulier dans les psychoses schizophréniques et dans l'humour de l'absurde. Si les moyens sont apparentés, les buts et les résultats sont contraires.
Folie: une telle notion est bien trop complexe pour se réduire à désigner la psychose (comme on dit, de nos jours, au singulier, dans les milieux autorisés). Le mot même est de ceux qui possèdent des sens opposés. Car, à côté de la folie qui aveugle et qui nullifie, on connaît, d'ancienne tradition, celle au contraire qui dévoile, celle des fous de rois et de princes, qui leur permettait de dévoiler des vérités qu'il n'eût point fallu dire; car seuls les fous, sous le couvert de leur prétendue folie, osaient dire au prince les vérités que tout autre taisait par peur de se faire trancher la tête.
D'abord, elles se présentent bien différemment: la première se dissimule en tant que telle tandis que la seconde au contraire s'exhibe ouvertement.