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La lecture d'un travail aussi important que celui de Janine Chasseguet inspire toujours de nombreuses réflexions. Et les plus modestes mêmes doivent leur essentiel au texte qui les a autorisées. Je me limiterai ici à quelques notes concernant l'évolution et la nature de l'Idéal du Moi. L'Idéal du Moi, on peut le dire, est un thème provocant qui engagerait presque à la provocation. En effet, quand on s'engage dans un effort de conceptualisation, on se trouve situé dans un registre où s'affirme naturellement une tendance synthétisante et constructive, laquelle, à son tour, ne peut manquer d'affecter l'objet même qui est en question. Or, cette tendance se développe aux antipodes du génie propre au travail analytique. J'entends celui qui s'effectue dans la situation analytique. Le mouvement, là, est essentiellement réducteur, il ramène tout à l'élémentaire, sinon au grossier et nous avons affaire avec une mise en pièce radicale qui, et c'est heureux, élimine toute perspective normative et, pourquoi pas, moralisatrice.
Deux remarques pour situer mon propos:
L'évolution de l'Idéal du Moi me semble être habituellement considérée comme s'effectuant de manière continue. Substitut du narcissisme perdu, l'Idéal du Moi serait secondairement projeté sur le père génital, auquel le sujet doit enfin s'identifier. Et l'Idéal du Moi « définitif » contiendrait régulièrement, en les dépassant, tous les Idéaux du Moi prégénitaux.
Pour ma part, je ne crois pas à une évolution régulière et continue de l'Idéal du Moi. Dans sa forme achevée, il est le fait d'une rupture évolutive et d'une destruction de ses aspects antérieurs.
Du point de vue de sa fonction, l'Idéal du Moi est généralement envisagé dans une perspective optimiste. Il serait maturatif en permettant au Moi d'intégrer toutes les phases de son évolution et de réaliser projets et aspirations grâce aux identifications qu'il promeut.
Je prétendrais plutôt que, inéluctablement conflictualisé, l'Idéal du Moi est nécessairement rétrograde.