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La littérature psychanalytique n'a guère contribué à lever le sentiment d'imprécision qui accompagne l'évocation de ce concept depuis que S. Freud l'a utilisé pour la première fois. La formule elle-même, utilisant deux termes pris dans des registres sémantiques différents, ne contribue pas à en clarifier l'usage.
Il est notable que Freud ait, le plus souvent, associé l'Idéal du Moi à des concepts qui, se révélant quant à eux fondamentaux, l'ont rejeté dans l'ombre: ainsi pour le narcissisme ou le Surmoi.
En fait, le seul article dans lequel S. Freud confère à cette notion un statut autonome et des caractères spécifiques, est celui de 1921, Psychologie collective et analyse du Moi, dont le postulat de base identifiant psychologie individuelle et psychologie collective est au moins aussi discutable que l'ouvrage de G. Le Bon qui lui sert de référence.
L'une des critiques et non la moindre, que l'on peut faire à cet article est d'avoir fourni le prétexte et le système conceptuel pour une utilisation abusive de l'interprétation psychanalytique comme mode d'appréhension exhaustif de tous les phénomènes humains, ceux de groupe (ou de masse) y compris.
Le reproche que j'adresserai à J. Chasseguet est d'avoir, à mon sens, cédé à cette tentation dans le paragraphe de son rapport intitulé L'Idéal du Moi et le groupe. La référence privilégiée au narcissisme primaire favorise, de surcroît, une appréhension idéaliste, sinon résolument machinéenne des phénomènes de groupe, ou de foule (les différences proposées entre «petits groupes à objectifs limités» et «foules» ne paraissent guère probantes), phénomènes auxquels serait refusée par l'effet de la régression à l'illusion narcissique, la dignité «triangulaire œdipienne».