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Le prétexte de cet entretien est un roman de Bernard Pingaud, La voix de son maître (1). L'auteur et Catherine B. Clément se demandent si l'on peut parler d'un roman «analytique» et quelles en seraient, le cas échéant, les caractéristiques. La question les amène à une autre, inverse: la littérature psychanalytique ne tend-elle pas, aujourd'hui, à remplacer le roman? Et les psychanalystes ne sont-ils pas des écrivains qui s'ignorent? Le débat reste ouvert. Chacun des deux participants a cru devoir y ajouter une contribution personnelle que l'on trouvera à la suite de l'entretien.
B. P. — Qu'est-ce qu'un roman «analytique»? On peut commencer par le définir négativement. Pas plus qu'une «bonne» séance n'est celle que le patient a préméditée, un roman analytique n'est écrit avec l'idée qu'on va faire un roman analytique. Il est analytique, en quelque sorte, par surcroît, bien que cela soit aussi son caractère essentiel. Ensuite, un roman analytique n'est pas un roman qui prend l'analyse pour sujet, comme le roman classique prenait l'amour ou l'ambition. Ce n'est pas non plus un roman qui substitue la psychanalyse à la psychologie traditionnelle dans l'interprétation des rapports entre les personnages. Il ne s'agit pas, simplement, de changer de grille ou de matériau. Enfin, je ne crois pas qu'écrire un roman analytique consiste à essayer de reproduire une analyse, en simulant le langage de la cure, avec ses répétitions, ses bafouillages, ses lacunes. Ce n'est pas une question de langage, c'est une question de registre. Le roman analytique est celui qui se situe d'emblée dans le registre du fantasme, mais sans jamais le dire: on est dans le fantasme, donc on ne le voit pas; il n'y a aucune différence repérable entre le fantasme et une prétendue «réalité». D'où résulte que ce n'est pas le genre d'histoires qu'il raconte qui caractérise principalement le roman analytique. L'histoire peut paraître, au premier abord, tout à fait banale et se dérouler selon les règles de la ch