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Dans Le voyage intérieur, Romain Rolland, contemporain et correspondant de Freud, écrivait : « On ne lit jamais un livre, on se lit à travers les livres. »
Ainsi pourrait être résumé l'argument, remarquablement et diaboliquement développé par Serge Viderman. Tel pourrait être également l'épigraphe à placer en tête de nos réflexions concernant cet ouvrage dont la richesse, la densité, les visées philosophiques s'offrent remarquablement à l'exégèse et à la lecture « à travers » le texte.
Trois ans se sont écoulés avant qu'on ne parle de ce travail dans nos assemblées, sans doute parce que le livre autant que le Colloque (2) qui lui fut consacré marquent une date dans le mouvement psychanalytique.
Depuis Freud et jusqu'à la deuxième guerre mondiale, nombreux furent les pionniers qui n'ont pas hésité à aller jusqu'au bout d'eux-mêmes, soit pour « prouver » le bien-fondé des concepts psychanalytiques, soit pour les réfuter, soit pour découvrir de nouveaux champs d'application. Une longue période fut incontestablement marquée par le souci d'imposer la psychanalyse, vérité ignorée, psychiquement et socialement réprimée ; par la difficulté à révéler l'irrationnel alors que le monde occidental, imprégné de la pensée cartésienne, réfutait toute méthodologie qui ne prenait pas l'apparence d'une démarche scientifique. Les efforts pour retrouver dans le passé des malades des événements précis et déterminants dans l'organisation des troubles furent sans doute, pour une part, imposés par Freud par cette nécessité. Il en ressentait d'ailleurs le besoin lui-même en raison de sa formation antérieure et l'on sait qu'il n'y renonça jamais tout à fait, même lorsque la notion de réalité psychique vint se substituer à celle de la réalité matérielle. A la limite, c'est à la notion de fantasme originaire (organisateur