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Je tenterai de formuler de façon schématique la question posée par le Colloque, après la lecture, ou la relecture du livre de Viderman : est-ce l'interprétation de l'analyste — donc la théorie — qui donne le sens à ce que dit le patient, ou bien le sens est-il déjà là, historiquement constitué et présent dans l'inconscient ? En fait la discussion a permis de préciser que le doute, l'incertitude que Serge Viderman insinue en nous, ne portent pas sur l'existence de l'histoire ou celle de l'inconscient — comme il a pu lui être reproché — mais sur le mode de connaissance que nous pouvons en avoir. La connaissance du passé, ou celle de l'inconscient, de la réalité psychique comme de la réalité extérieure résulte d'une transformation — d'une interprétation. Que les représentations de mots soient hétérogènes aux représentations de choses, aux affects, que les mots et l'interprétation puissent rétrospectivement créer, faire exister autrement ce qui existait avant, ou ce qui n'existait pas avant, pour le sujet, nous en avons un exemple dans le texte de Freud, comme nous le verrons. Ce que nous pouvons d'abord remarquer, c'est que l'interprétation analytique est un système de connaissance parmi d'autres et que si, en ce sens, elle crée, c'est par une remise en ordre, une réorganisation d'éléments perçus, représentés, vécus, donc déjà là, dans un autre système. L'enfant est soumis depuis sa naissance à des interprétations, celles de ses parents : fantasmes maternels, sens sexuel ou agressif captant les gestes, le comportement, le langage, menaces et dangers associés à des signes arbitraires, etc. Toute signification, toute relation de causalité est interprétation. L'enfant est en plus contraint au travail élaboratif exigé par ses propres pulsions. Nos théories commencent avec les théories sexuelles infantiles. La compulsion à l'interprétation, à l'élaboration, est une nécessité pour la conservation de notre cohérence corporelle et psychique — pour la continuité du self.
Simone