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En entendant hier matin René Diatkine dans la belle présentation de son rapport, j'ai retrouvé le Maître et l'ami qui a appris à tant parmi nous à aimer cette continuité entre les expériences auprès du divan et les avis et théories que nous avons sur le malade quand nous prenons notre distance par rapport à la situation de la cure. C'est ce que j'appréciais dans cette façon de concevoir le rêve, lequel resterait au service du sommeil, bien sûr, mais aussi et peut-être surtout au service de son rôle d'élargissement d'émotions et de connaissances.
En considérant que le bon rêve serait surtout celui qui échappe à l'oubli, il nous avertit de ne pas exalter et idéaliser l'oubli de ce qu'il nous est difficile de connaître et nous pousse au contraire à nous inspirer de l'exemple de Freud de poursuivre obstinément, péniblement, l'ontogenèse, la fonction et le message du rêve, afin de gagner du terrain sur notre ignorance.
En lisant le rapport de Diatkine, j'ai pensé à plusieurs reprises qu'il est, comme il le dit, sensible à la dimension poétique de la situation analytique, ce qui se reflète dans cet épisode contretransférentiel sur lequel l'étude du cas clinique est centrée. Diatkine a rêvé du malade ou à propos du malade pour acquérir cette connaissance ou cette ébauche de connaissance que procure l'identification projective et introjective. Et j'ai pensé que c'était bien une démarche poétique qu'il a accomplie, toute dans le sens d'un de nos grands poètes contemporains, que j'ai plaisir à évoquer ici : Pedro Salinas. C'est un des poètes qui ont quitté l'Espagne aux moments sombres où, à part tous les désastres, ce pays est resté vide de poètes, car nous les avons perdus soit par l'exil, soit sur place. Salinas nous a fourni des connaissances lyriques du fonctionnalisme psychique. C'est lui qui dit que pour qu'un grand événement émotionnel soit vrai et puisse être reconnu dans sa profonde qualité de réel, il faut rêver de lui. « He de ponérmelo dentro, me lo tengo que soñar