You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
1. Quand Freud l'eut inventée à partir de ses propres souvenirs d'enfance, la psychanalyse existait sans autre bagage mais avec tout l'avenir ouvert. Freud mort, après lui disparue la génération des psychanalystes historiques, et son premier tour du monde accompli, n'aurait-elle plus pour elle qu'un déjà long et poussiéreux passé? Pour ma part, je crois la psychanalyse capable de continuer au besoin sans les psychanalystes et je connais des psychanalystes capables de continuer sans la psychanalyse si celle-ci n'était plus que sur les tombes inscriptions à déchiffrer par ceux-là. Entre les origines et la situation actuelle, c'est autrement que je juge de la différence. Hier les psychanalystes avaient à braver la résistance du monde à la psychanalyse. Leur tâche aujourd'hui est inverse: ils ont à soutenir la résistance de la psychanalyse au monde. C'est à Georges Favez que je dois — entre autres — cette idée d'une résistance de la psychanalyse à tout ce qui ne cesse de l'affadir ou de la pervertir.
2. La psychanalyse est tombée malade de son propre succès. Il arrive que sa doctrine devienne un dogme disert, son art une routine muette, la cure un rituel et le cursus une carrière. Socrate, dit-on, fit descendre la philosophie du ciel sur la terre. Une tâche socratique attend les psychanalystes contemporains: décrocher leur pratique du soleil du solstice dans lequel leur savoir « en soi se pense et convient à soi-même » et l'introduire, selon l'expression du poète, « au changement des rives en rumeur ». Pour parler clair: s'il est vrai que la psychanalyse réapprenne à chacun de nous ce qu'il a perdu au cours de son histoire individuelle, elle-même a également à réapprendre ce qu'à chaque grand tournant de l'histoire collective, la civilisation a perdu. Le problème