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« C'est une erreur de prétendre qu'à un certain moment, dans le passé, l'homme s'est mis à penser. L'homme n'a jamais commencé à penser. Mentalement, il marche encore à quatre pattes. Il tâtonne dans le brouillard, les yeux fermés, le cœur battant d'angoisse. Et ce qu'il craint le plus — pitié pour lui, mon Dieu ! — c'est sa propre image. »
Rimbaud-chrétien, Rimbaud-cabaliste, Rimbaud-marxiste, Rimbaud-communard, Rimbaud-voyou, Rimbaud-voyant, Rimbaud-psychopathe, Rimbaud-illuminé, Rimbaud-schizophrène, Rimbaud-ange du bizarre…
Il faut une certaine impudence pour oser remonter au fanal psychanalytique le cours d'une existence ayant suscité tant d'interprétations et de mythes. Le discours réducteur nous guette, habillant d'un autre jargon la vieille conclusion : « Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. »
Aussi, dans cette étude qui d'ailleurs s'organise autour de deux mutismes, celui de Rimbaud désertant la littérature et celui que sa mère lui opposa durant son enfance, vais-je plutôt tenter de faire entendre une voix disparue. Il y a toujours quelque risque de supercherie à interroger les tables tournantes, mais comment procéder autrement lorsqu'il s'agit d'un revenant ?
Croyez-vous aux revenants ? Je ne parle pas ici des fantômes, vampires ou autres loups-garous dont les ombres font trembler nos veillées, mais de ces êtres du passé qui peuvent revenir en nous, alors que tout avait été ordonné pour leur définitif effacement. Nous les reconnaissons parfois à un reflet inhabituel de notre miroir, à un geste que nous sommes surpris d'avoir esquissé ; certains jours, une image