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René Spitz vient de mourir à 87 ans ; l'œuvre qu'il laisse constitue un apport original à la psychanalyse. Originalité qui, du reste, lui valut parfois des critiques.
Venu d'Autriche, c'est à Berlin qu'il publia, en 1924 et 1930, ses premiers articles dans Imago et l'Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse. L'hitlérisme l'obligea à immigrer, d'abord à Paris puis, en 1937, aux Etats-Unis. Ceux qui ont suivi les conférences qu'il donna, de 1934 à 1937, à l'Institut de Psychanalyse (1), ont pu mesurer l'importance de sa recherche sur les premières réactions de l'enfant : valeur sécurisante du rythme et de la répétition comme protection contre l'inconnu ; intensité des premiers traumatismes, à commencer par celui de la naissance, inscrit dans l'inconscient et ravivé par les situations ultérieures de sevrage ; tensions liées au déplaisir et recherche désespérée de la détente (agitation, cris, accélération cardiaque, défécation, etc.). Il montra que, l'enfant vivant en osmose avec la mère, le désir est ressenti par lui comme une force énorme qui l'envahit et l'aveugle : « Comme le chien affamé qui, voyant de la viande derrière une grille, est incapable de contourner celle-ci car ce serait d'abord s'éloigner de la viande et se soumettre un moment au réel. » Les premières désillusions dues aux sevrages (absence de la mère, perte du sein, etc.) permettront un premier acheminement vers une relation objectale et la formation du « Moi ».
On connaît aussi les travaux de Spitz sur la réaction du bébé devant le visage humain, le visage de la mère n'étant pas reconnu comme tel, et sur l'absence de mémoire du premier mois, où la capacité d'attention ne dépasse pas cinq secondes.
L'abondante documentation recueillie par Spitz, notamment dans les nurseries standardisées, rendit ses travaux accessibles à de nombreux éducateurs. Rappelons ses constatations sur la mortalité infantile en Allemagne — où pédiatrie et pédagogie étaient alors imprégnées de théories rigides comme celles du P