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M. B…, 67 ans, polyarthrite chronique évolutive séropositive très évoluée, très spectaculaire par les déformations considérables des extrémités des membres, mains crochues où seule la fonction de pince persiste, genu valgum bilatéral très impressionnant donnant à la démarche une attitude d'extrême fragilité et d'équilibre précaire.
Ancien matelot, maître d'hôtel à bord d'un paquebot, scaphandrier, sommelier, homme de confiance d'un ancien officier de marine, encore employé aux écritures d'un grand hôtel où il a longtemps travaillé, M. B… me consulte à peu près tous les trimestres depuis une dizaine d'années, d'abord à l'hôpital ensuite chez moi après que j'eus quitté le service hospitalier où je l'ai connu.
Il a fait récemment une chute dans le métro et s'est retrouvé à l'hôpital avec une fracture du pouce.
Surpris de sa chute qu'il me relate avec son « indifférence » habituelle, lui « si habile malgré ses pattes folles », il me fait part de sa solitude.
Sa femme et sa fille étaient sur la Côte d'Azur pour quelques jours mais elles ne lui avaient « évidemment » pas dit où elles s'étaient rendues. « Elles ne lui disent rien, pas un mot, ni même bonjour, des étrangères, pis même, car on salue des étrangers dans les escaliers quand on les croise… »
Elles forment un bloc, toutes les deux, et lui reste seul de son côté.
« Mais vous avez peut-être voulu les prévenir ?
— Pensez donc ! Je suis resté trente-six heures à l'hôpital, le docteur voulait m'arrêter quelques jours mais je n'ai pas voulu. J'ai quand même téléphoné à ma belle-sœur pour lui demander si elle savait leur adresse.
« C'était pas la peine de mettre tout le monde au courant », voilà ce que ma femme a trouvé à me dire.