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L'importance et l'influence de Bion sont incontestables, en particulier parmi les psychanalystes latino-américains qui, me semble-t-il, abandonnent la référence kleinienne pour l'attachement à cet auteur. Or la lecture en anglais de ses ouvrages m'a toujours paru fort difficile. C'est une raison pour être reconnaissants à Janine Kalmanovitch d'avoir réussi à faire passer en français ce texte anglais.
Comme on le verra d'ailleurs dans l'analyse de ce livre ici présentée, tout langage, tout texte risque d'institutionaliser le discours vivant et d'enlever aux mots « leur corps », comme le dit l'auteur en voulant parler des affects. La fin du livre s'inscrit de ce point de vue comme les Dix Commandements : « Ce qu'il faut rechercher, c'est une activité qui soit à la fois la restauration de dieu (la mère) et l'évolution de dieu (l'informe, l'infini, l'ineffable, le non-existant) qu'on ne peut trouver que dans un état où n'existe aucun souvenir, aucun désir, aucune compréhension. »
Une telle citation rend difficile la tâche de fixer l'identité de W. R. Bion qui théoriquement appartient à l'école kleinienne. On pourrait en effet trouver dans ce livre des références à l'œuvre de Melanie Klein, par exemple l'utilisation de termes comme la position schizo-paranoïde et la position dépressive. Dans le dernier chapitre du livre, intitulé « Prélude à l'accomplissement », précédant les lignes terminales que nous venons de citer, on lit bien : « Ce qui est nécessaire, ce n'est pas l'abaissement de l'inhibition, mais celui de l'impulsion à inhiber, l'impulsion à inhiber est fondamentalement l'envie des objets stimulant la croissance. » On retrouve ici encore le reflet du concept kleinien de l'envie. De même la configuration contenant-contenu sur laquelle nous reviendrons pourrait à la rigueur rappeler quelque chose des conflits avec l'enceinte maternelle.
Mais il me semble difficile de situer dans le sillage de l'œuvre toujours