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Il est difficile d'évoquer sans émotion le souvenir de Margaret Clark Williams. Elle était de ceux qui donnent une signification et une résonance à l'expression « intelligence du cœur ». Dans l'exercice de sa profession, elle ne se départissait certes pas de la « neutralité bienveillante » prescrite au psychanalyste, mais je doute que sa neutralité, pourtant stricte, ait empêché la bienveillance d'émaner de toute sa personne, sans qu'elle fît rien pour la manifester. C'est dire qu'à une grande compétence technique et à une sérieuse érudition franco-anglaise, dont elle ne faisait pas étalage, elle ajoutait tout naturellement un sens profond de l'humain.
Rien de plus juste que le portrait tracé par son fils David, en quelques lignes dont je veux donner ici la traduction : « Ce fut une adorable et une remarquable dame, grande par son courage, son humour et son charme, dont la compréhension des gens et la vivacité d'esprit ne cessèrent jamais d'apparaître remarquables. »
Descendante d'une brillante lignée d'universitaires américains, c'est à la fin de ses propres études supérieures qu'elle fut amenée en France une première fois à 21 ans par une tante, universitaire elle-même. Elle vécut d'abord quelques mois à Lyon et, par la suite, trouva dans la famille de la fondatrice de l'école maternelle française — la famille Kergomard — l'accueil chaleureux qui tissa ses premiers et indestructibles liens avec la France dont elle fit, en quelque sorte, sa seconde patrie.
Ses premiers contacts avec la psychanalyse datent de l'hiver 1931-1932, qu'elle passa à Vienne ; après quoi elle retourna aux Etats-Unis avec ses deux enfants, mais, dès la fin de la guerre, en 1945, elle revint à Paris où elle entreprit une carrière de psychanalyste, après avoir terminé sa formation avec Raymond de Saussure et avoir trouvé place à la Société psychanalytique de Paris.
On ne saurait ici passer sous silence l'épisode douloureux de ce malencontreux procès qui la mit en lumière à son corps défendant, en