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Dans notre écoute quotidienne, dans notre élaboration et nos discussions théoriques, nous nous référons constamment à la bisexualité. Sommes-nous bien fondés cependant à considérer qu'il s'agisse d'un instrument de pensée psychanalytique épistémologiquement viable et sûr ? Ce n'est, en réalité, qu'à la condition de ne pas s'appesantir sur cette notion toujours demeurée à la fois indispensable et marginale et de consentir à son évaluation empirique, qu'on évite la perplexité voire le malaise. S'interroger sur la bisexualité peut en effet induire un sentiment de trouble, et je ne serai pas le seul à avoir constaté qu'une réflexion tant soit peu prolongée sur ce thème engendre parfois des impressions d'inquiétante étrangeté. Ce n'est pas un hasard si Freud, qui l'a hérité d'un ami — auquel le liaient des affinités qui se sont révélées en dernier ressort illusoires — et, à travers lui, tout ensemble de son époque et du fonds mythique humain, a pu d'abord croire qu'elle lui fournirait la « solution » qu'ils cherchaient ensemble, et aller jusqu'à faire le projet de lui consacrer tout un livre [1]. Mais l'ambivalence qui imprégnait ses relations avec Fliess a bientôt et de façon décisive atteint la notion elle-même. Il n'a pas suffi que la découverte de l'inconscient, du transfert et de la sexualité infantile, puis le renversement de la relation (telle que la concevait Fliess) entre bisexualité et refoulement, renouvellent la signification de cette idée-force et l'intègrent à « la cause » pour empêcher cette contamination. Freud n'a jamais réussi à faire de la bisexualité psychique un concept théorique clair et décisif comme le sont par exemple le complexe de castration ou l'automatisme de répétition. Néanmoins, à travers tous les remaniements, elle est demeurée présente et sans cesse utilisée, invoquée, réaffirmée, de 1899 à 1938. Si les obscurités et les insuffisances de la théorie de la bisexualité sont