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Dès les premières pages d'Au-delà du principe de plaisir, Freud notait qu'il n'était pas en état de discerner dans quelle mesure il croyait ou ne croyait pas lui-même à l'hypothèse de la dualité pulsionnelle. Il s'agissait là plutôt, écrivait-il, d'une pure spéculation, d'un effort pour s'élever bien au-dessus des faits et que chacun pourra soit suivre avec sympathie, soit rejeter sans autre forme de procès.
C'est donc une théorie-fiction, comme on l'a souvent dit et récemment encore, que Freud est en train d'imaginer. Freud ne s'adresse pas à la communauté des savants. Au-delà n'appartient pas au discours scientifique et ne répond pas aux demandes minimales d'une théorie et d'une pratique qui l'infirmeraient ou le confirmeraient selon les réquisits des modèles scientifiques. Freud n'a pas de preuves, il n'a qu'une intuition. Il ne se comporte pas en savant mais, de son propre aveu, en avocat du diable. Freud n'a pas de preuves, et il sait et le dit, que tout théoricien sans preuves est commandé par de profondes prédilections (1).
Voici donc, à propos de la dualité instinctuelle, une position sans ambiguïté. Ainsi chacun restera libre d'en prendre ou d'en laisser. Libre d'en faire moins à sa tête qu'à son goût et se laisser aller à la pente de ses prédilections. Le choix de Freud est un pari sur la dichotomie pulsionnelle. On peut faire la psychanalyse de Freud et, bien qu'elle soit vaine, on n'y a pas manqué, la sienne propre et on s'y emploie, mais qu'on soit pour ou contre, l'analyse des motivations renverra dos à dos partisans et adversaires.
Soyons seulement un instant attentifs aux mots : être pour ou contre, partisan ou adversaire d'une idée, c'est moins tenir un discours scientifique qu'être renvoyé au langage de la passion : nous basculons de l'idée, soutenue par des preuves qui puissent fonder une conviction, à l'idéologie, bref à la dilection, au Vorliebene, à ce qui est aimé, à ce visage qu'on voudrait que la vérité revête pour qu'on l'aime davantage encore