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On peut rêver qu'on rêve. On peut rêver qu'on interprète son propre rêve. Pourquoi ne pas, au rebours de ces mécomptes, imaginer une société qui imaginerait qu'elle doit interpréter les rêves de ses membres, en les rapportant naturellement à elle-même ? Une société de psychanalyse fantastique, en quelque sorte…
Les Esquimaux, l'hiver, se racontent au matin leurs rêves. C'est le meilleur moment de leur journée, avant que celle-ci ne finisse par s'étirer en longueur à force de ne plus rien trouver à faire, ni à se dire, voire même à attendre. Le froid, le vent, l'aridité du sol couvert de glace, la mer gelée, l'interminable nuit, polaire interdisent la plupart des activités extérieures. Parfois, quand, à travers le matelas des nuages, s'allume autour de midi un éphémère soleil pâle, une chasse est organisée, prétexte à une sortie collective et à une course rapide plutôt que marque d'une volonté véritable de capturer un gibier terré depuis longtemps ou de surprendre des poissons inexistants par les trous entretenus dans la banquise. Dans l'igloo d'ailleurs ont été entreposées des provisions d'huile, de chairs séchées et de bois suffisantes pour passer la mauvaise saison. A l'intérieur où la lumière est mesurée et l'espace restreint, où l'on évite les heurts et donc les contacts, où l'on est enveloppé par la chaude puanteur des corps entassés, dans une ambiance de touffeur et de remugle, les occupations sont réduites : tannage des peaux, réparation des tentes, confection d'armes, de harpons, d'accessoires pour naviguer. Les grands événements, espérés et redoutés, sont la mort d'un vieillard ou d'un malade, la naissance d'un petit. Nul n'ose toutefois se réjouir, quand ils surviennent, de leur conséquence la plus appréciable, l'accroissement de la ration de viande ou de lait, car un mort ne mange plus et les femmes qui allaitent sont propriété commune des habitants d'une même maison de glace. Personne ne rit ni se met en colère. Parfois les anciens racontent des légendes