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Chacun écrit à neuf sur son rêve. C'est un vécu du sujet et la réflexion recommence toujours au degré zéro, comme on dit maintenant, du travail de Sisyphe ou des Danaïdes. Ainsi les poètes et les philosophes, qui autrefois « ra-contaient pourquoi leurs rêves à leurs lecteurs ». Aussi, à la suite des commentaires de J. Guillaumin sur Les vases communicants d'A. Breton, ai-je souhaité vivre les rêves du poète avec le poète. Mais j'ai été attiré au hasard de mes lectures et de mes souvenirs par quelques poètes et philosophes d'avant Freud. Gérard de Nerval vit son rêve comme un moyen de connaissance, il confond systématiquement rêve et délire. Rimbaud centre Une saison en enfer sur Délire I et Délire II, qui se lisent comme des récits de rêve, aux confins de « la folie qu'on enferme ». Enfin Descartes dont le rêve triple fut raconté et vécu comme une illumination… Ce dernier rêve, vous le savez, fut interprété par Freud à la requête de Maxime Leroy. Et il a depuis donné lieu à de pénétrantes exégèses de J. O. Wisdom (1) et de B. D. Lewin (2), avec lesquelles mes réflexions se rencontreront parfois. A la relecture du court passage de Freud qui l'évoque, et prenant sa place, nous voyons le psychanalyste faire sien le songe de l'autre, son récit et ses connaissances et, éveillé, dialoguer avec le rêveur, à mi-chemin du psychanalyste (R. Diatkine, Rapport au Congrès de Langues romanes, Madrid, 1974), qui, rêvant, dialogue avec son malade racontant son rêve.
Le psychanalyste introduit une dimension double. Il n'est pas différent du lecteur du texte du poète, qui lui aussi fait sien le vécu du poète à travers le lourd appareil qui va de l'arbre de la forêt suédoise, dont est fabriqué le papier, à la F.N.A.C. qui débite des livres à 20 % de discount (sic) en passant par le typographe révolutionnaire par tradition, mais qui a renié Gutenberg, ne compose plus, ne linotypera bientôt plus, etc. Une seule différence, le lecteur paye pour lire et s'entendre