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Un rêve ayant acquis pignon sur réalité : c'est ce que fait du délire une tradition assez bien établie en psychopathologie et même en psychanalyse. Mais alors pourquoi délirer plutôt que de rêver ? On voit que l'analogie nous propose des questions qu'elle ne résout point. Mais elle les pose et c'est son mérite. Or la réponse aujourd'hui ne saurait nous surprendre : je compte montrer que le processus du rêve et le processus psychotique, tout en empruntant des chemins voisins et parfois similaires, vont en des sens contraires ; il s'agit d'abord de rappeler en quoi délirer n'est pas rêver (ce qui, on le sait, a fait l'objet d'un récent travail de Jeanneau, ). C'est ainsi qu'un regard conjoint sur les deux processus du rêve et de la psychose les éclaire le mieux l'un et l'autre.
Encore faut-il jeter un coup d'œil sur la manière dont la question du rêve et du délire a déjà été envisagée.
Les relations entre les phénomènes oniriques et psychotiques se présentent sous deux points de vue qui sont examinés dans les travaux psychanalytiques et en particulier par Freud : comparaison entre le rêve et l'état psychotique; étude de la fonction onirique chez les patients psychotiques. On connaît ces points de vue; Bécache vient de rassembler à leur sujet l'enseignement des textes freudiens : je serai bref.
La tradition psychopathologique est surtout française qui, de Moreau de Tours à Henri Ey en passant par Lasègue et d'autres, a su rapprocher du rêve l'apparence et la structure du délire, en particulier dans sa variété précisément onirique. Freud reprend cette analogie dans La science des rêves et plus tard. Aucune étude psychanalytique du délire ne manque de le souligner : comment ne pas saluer les