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Catherine était au seuil de la parole. Je le savais : elle m'en avait donné assez de signes précurseurs. J'attendais donc ses premiers mots. C'était, je crois, sans impatience excessive ; ma fille m'avait déjà convaincue qu'elle avait le sens des occurrences heureuses, m'ayant gratifiée de ses premiers pas le jour même de son anniversaire.
Premiers mots… que devais-je entendre par là ? Car c'est bien d'entendre, au sens propre, qu'il s'agit. J'avais à ce sujet quelques idées a priori, m'intéressant alors de près à des problèmes de langage. Ainsi, je n'avais pas reconnu comme tels les ma-ma-ma… que Catherine m'adressait parfois. J'avais en tête une définition : les premiers mots véritables doivent avoir valeur de signification, au sens linguistique, c'est-à-dire impliquer une liaison suffisamment stable et non ambiguë entre un signifiant et un signifié. Dans le langage de Catherine, ma-ma pouvait s'adresser à moi préférentiellement, mais s'adressait aussi à d'autres personnes. De plus, ce n'était ni évidemment un appel, ni une évocation in absentia, ni une nomination. C'était, me semblait-il, l'expression d'un affect, dont la tonalité me paraissait variable, parfois gaie et détendue, parfois anxieuse, impérieuse, voire rageuse. C'était, en tout cas, le support verbal d'un échange entre elle et moi que je n'avais sans doute pas manqué, comme toutes les mères, de privilégier en le renforçant électivement. Bref, mon écoute avait donné à ces ma-ma valeur de communication affective, mais non de signification. En termes de fonctions linguistiques, ils me paraissaient limités à la fonction expressive, excluant encore les fonctions conative et cognitive.
Depuis plusieurs mois, il m'arrivait de prendre des notes qui jalonnaient les progrès du langage de Catherine. J'écrivais simplement ce qui avait particulièrement retenu mon attention et la manière dont je l'avais compris. Ce sont ces notes que j'utilise aujourd'hui, avec le recul de nombreuses années, en faisant droit à tous