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Puis-je tout d'abord remercier les organisateurs de ce Congrès de m'avoir donné la parole, me permettant ainsi d'exprimer mes idées sur un thème qui me tient à cœur.
J'ai tenté de me centrer sur l'affect dépressif tel que nous le vivons, entre autres dans la cure psychanalytique. Les affects — dont Freud disait l'importance primordiale pour la psychanalyse (1), tout en affirmant que nous n'en connaissons rien (2) — me semblent appartenir au monde expérientiel, saisissables par identification avec l'Autre et compréhensibles une fois remis dans le conteste du monde représentationnel et insérés dans le discours de l'analysant.
L'humeur dépressive tient sans aucun doute une grande place parmi nos états affectifs ; et pourtant, tout se passe comme si, paradoxalement, son rôle n'avait pas toujours été reconnu ; comme si l'importance accordée — à juste titre — à l'angoisse lui avait porté ombrage et que, dans le couple angoisse-dépression, l'un eût été valorisé au détriment de l'autre qui se serait ainsi trouvé négligé. Cette place de parent pauvre, dont Abraham se plaignit déjà, lui fut assignée dès le début par Freud lui-même, dépressif à souhait pourtant et dont l'auto-analyse, déclenchée par la mort de son père, a correspondu à un processus de deuil. Le fruit le plus important en fut la Traumdeutung, mais la nature de ce processus ne devait lui devenir claire que peu à peu. Le thème de la mort, présent dans le vécu psychanalytique du désir de mort (Todeswunsch), puis dans quelques remarques éparses, entre autres dans Discussions sur le suicide (1910 g), fut retravaillé à l'occasion des séparations, des deuils, de la guerre et de la solitude découlant du départ au front de ses élèves, en particulier dans deux articles (écrits) en 1915 : Considérations actuelles sur la guerre et la mort et Fugitivité. Ces travaux devaient ouvrir la voie à l'élaboration de plusieurs thèmes, qui ont abouti à Deuil et mélancolie (3). C'est alors que le visage de l'ami changea aussi et qu'un a