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Piqué au jeu des dix minutes, qui nous gardera le souvenir d'un Congrès particulièrement vivant, j'ai renoncé au début de mon papier pour exprimer en préférence d'abord les échos affectifs et interrogatifs que les diverses communications ont éveillés jusqu'ici dans ma difficulté d'être analyste plongé dans la dépression de ses analysants. Je dis bien plongé car si l'on ne s'y laisse glisser, au risque que s'écorchent nos vieilles cicatrices, il n'est point, à mon sens, d'espoir pour eux d'en émerger, ni plus bien évidemment pour nous de difficulté majeure dans notre pratique : simplement nous donnons des interprétations correctes, au moment qui nous semble opportun… et pas grand-chose ne se passe.
Tandis que si nous acceptons d'éprouver l'innommable, et le temps qu'il faut pour cela de supporter l'attitude préconisée par Bion dans ces cas particuliers, attitude de non-souvenir, de non-compréhension et de non-désir, que ressentons-nous ? Lorsque nous nous laissons happer par cette tension pesante, douloureuse, paralysante qui est la leur à ces moments, où tel le filet d'un oiseleur de malheur, cette chose gluante et noire s'abat sur sa proie, que ressentons-nous ?
Ce sont là métaphores (1), mais le glissement des représentations de mots aux représentations de choses convient, il me semble en l'occurrence, parce que la dépression, productrice de ces réveils douloureux dans un monde où plus rien ne fait envie, s'enracine dans la psychose et que derrière la tension pesante, parfois, la dissolution régressive vertigineuse aspire.
Ainsi la dépression m'apparaît comme la maison des courants d'air. Les fondations sont souvent précaires si ce n'est virtuelles, faites de pertes objectales et de relations précocissimes carentielles, lieu des clivages les plus primitifs dont le point d'appel est toujours l'état traumatique d'abandon. Les murs de bric et de broc, les ouvertures se réglant mal, correspondent au défaut de structuration anale, et il n'y a pas de toiture bien posée, ce