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La perspective d'expliquer par voie biologique l'état dépressif dans ses différentes formes conserve beaucoup d'adeptes et reste légitime. Elle fait toujours appel à la prédisposition héréditaire, et mise le plus vif de ses espoirs dans le jeu des amines cérébrales et dans l'impact thérapeutique indiscutable des antidépresseurs.
Les modifications biochimiques rencontrées peuvent cependant se présenter soit comme des causes, soit comme des effets de la dépression. Alors que l'action thérapeutique des antidépresseurs peut apparaître, elle, comme le résultat d'une stimulation euphorisante générique plutôt que comme celui d'une déstructuration réelle des mécanismes de la dépression.
Dans sa dimension la plus évidente, celle de maladie psycho-affective, la dépression reste de toute façon la plus psychosomatique des maladies psychologiques. Et cela, non dans le sens courant d'une lésion organique ou d'une dysfonction engendrées par voie conflictuelle ou psychogénétique, mais dans celui d'une implication consistante du corps dans le tableau structural et clinique de toute manifestation dépressive.
L'hystérie de conversion, de plus en plus rare d'ailleurs, pouvait donner l'impression d'une participation corporelle plus importante à la psychopathologie. En fait, l'hystérie de conversion ne faisait que transposer au niveau organique la symptomatologie psychique, en procédant à une somatisation massive du conflit. Tandis que dans la dépression, le corps est impliqué d'une manière beaucoup plus discrète mais plus constante et diffuse. Et surtout, par un parallélisme psychosomatique entraînant une véritable dialectique entre l'idéation, l'affect dépressif et le vécu corporel. La dépression ressentie subjectivement est ainsi doublée par une dépression objectivable qui est en bonne partie une dépression corporalisée. Mimique atonique, épaules tombantes, gestes le plus souvent ralentis, blocage, fixité, etc. Mais ces aspects visibles de la dépression sont peu de chose en comparaison d