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Noir et rouge, dépression féminine, l'accolade de ces quatre termes peut paraître étonnante ou inutile. Mort et sang, tentatives plus ou moins bien réussies de maîtrise des conflits, des déceptions, des pertes, des frustrations, expériences affectives conduisant à une maladie du deuil, pourquoi les rapprocher de la féminité alors que « la dépression est une expérience subjective universelle qui fait partie du développement humain ? ».
Le rapprochement vient du fait qu'il m'a semblé que la dépression féminine était une entité, c'est-à-dire, au sens philosophique du terme, que la dépression était l'essence du genre féminin. Le peintre Albert Dürer ne s'y est pas trompé, lui qui a représenté la mélancolie par une femme.
Historiquement, la dépression est un concept d'acception très ancienne ; depuis la plus haute antiquité on s'y intéressait : Hippocrate ne parlait-il pas d'humeurs noires ?
Le concept de féminité et celui d'hystérie qui lui est corollaire sont au moins sinon plus anciens. Hippocrate s'était aussi intéressé aux maladies des femmes. Mais si la dépression, et les hommes de tempérament mélancolique ont été souvent vus comme des gens intelligents et même perçus comme pouvant être de géniaux créateurs, le Tota mulier in utero n'a jamais rien laissé augurer de bon sinon le fantasme d'une virago ; il suffit de se pencher sur les aphorismes exprimés de façon péremptoire par nombre de penseurs, y compris par Freud, pour s'en persuader.
En réalité, depuis qu'il y a eu des humains, c'est-à-dire des hommes et des femmes vivant au rythme des saisons, des phénomènes naturels consécutifs au froid, à la chaleur, à la mort apparente et au renouveau de la végétation, les fantasmes relatifs aux cycles et aux événements surprenants de la vie féminine ont conduit ces humains à s'inquiéter.
Pour conjurer l'angoisse ainsi engendrée, les peuples archaïques ont déifié et adoré la femme. Ils en ont fait la Grande Déesse Mère. A cette grande déesse sont allées les offrandes. C'est alor