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Les travaux d'André Haynal et de Jean Bergeret sont une somme remarquable et précieuse. Chacun a pu remarquer aussi, durant ce Congrès, les nombreux lapsus : régression pour dépression. C'est particulièrement dans des périodes de forte régression que certaines dépressions nous donnent du mal. Béla Grunberger caractérise si justement la dépression comme « un trouble de la tonalité existentielle » ; on pourrait aussi considérer une affection narcissique comme une rupture ou une non-maturation de l'équilibre existentiel.
Piaget limite la psychologie à une science du comportement. Pour le narcissisme, nous avons intérêt, tant sur le plan clinique que théorique, à nous limiter d'abord à ce que vit l'analysant dans le transfert, ce qui peut éviter, dans le premier cas, des erreurs beaucoup plus nombreuses qu'on le croit généralement, et dans le deuxième cas des controverses déviantes. Nous pouvons observer des périodes, parfois même très longues au début de certaines cures, pendant lesquelles nous ne sommes vécus que comme « une fonction du self » de notre analysant. Je préfère les expressions de Kohut (1), de « transfert narcissique » aussi, à celle de J. Bergeret, « transfert anaclitique », qui pourrait laisser supposer l'opportunité d'un appui, bien qu'il se méfie lui-même d'une attitude de « soutien ».
Mais voici d'abord quelques exemples :
Un jeune pédophile rêve « d'un amour mystique, comme avec Dieu, d'une communion totale ». L'être aimé « peut être tout, remplacer tous, donner un bonheur absolu », il a envie « d'être dominé par lui corps et âme ». Mon téléphone sonne, il fantasme alors : « Qu'on le cherche d'urgence, pour combler son attente, sa solitude ; il donnera un spectacle de théâtre, seul, pour être seul à recevoir les applaudissements. » Que l'on voie au premier plan le « grandiose self » ou le « transfert idéalisant » de Kohut, il est certain que toute interprétation objectivante ne pourrait que plonger le patient dans une dépression et une régression plus