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A qui veut oublier ce qu'il en sait, la dépression se livre à l'intuition comme expérience de douleur. Et l'observateur ne la confond ni avec l'angoisse qui l'accompagne souvent mais s'en différencie, bien que marquée par l'originalité de la menace, ni avec l'anxiété des autres cas où l'incessante et infructueuse tentative relationnelle ne masque pas la spécificité de la souffrance dépressive.
Mais il est une autre certitude, c'est que cette douleur est morale, et que nul n'hésite à désigner les gémissements sans paroles de cet homme pâle et immobile comme la traduction directe d'un malaise authentiquement psychique.
Aussi bien nous a-t-il semblé qu'à mieux regarder les contradictions apparentes de la notion de douleur psychique, la nature de la dépression s'en définirait plus clairement, et que prendrait ensuite une place plus exacte ce qui n'en est que l'élaboration ou plus souvent la défense.
Il est un fait, nous dira Freud, que le vocabulaire n'a pas cherché à distinguer par un terme différent la douleur psychique de la douleur corporelle, et il précisera plus loin que « le passage de la douleur corporelle à la douleur psychique correspond au progrès de l'investissement narcissique vers l'investissement objectai » (1). Ce qui est peu et beaucoup, mais nous incitera, dans un premier temps, à interroger la douleur physique. Problèmes de quantité, mais expression qualitative, rupture de barrage et excitation traumatique s'y partageront les réponses. Plus autre chose peut-être : comme un refus et la conscience d'une impuissance, l'inadéquation de quelque chose. « Une espèce de tendance motrice sur un nerf sensible », disait Bergson (2) en comparant la différenciation des fonctions sensitive et motrice à la simplicité réactionnelle de l'amibe où la masse protoplasmique réagit, au contraire, à l'excitation en même temps qu'elle la reçoit. Bien que de « l'extensif à l'intensif », selon une notion chère au philosophe, c'est-à-dire de la représentation de l'action virtuelle