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« Il faut être obscur pour traverser la lumière de la vérité. »
Freud, dans Deuil et mélancolie, emploie la métaphore suivante : « L'ombre de l'objet tomba ainsi sur le Moi qui put alors être jugé par une instance particulière comme un objet, comme l'objet abandonné. »
La métaphore de l'ombre illumine, si l'on peut dire, certains aspects énergétiques et libidinaux de la dialectique mélancolique. Dialectique, en fin de compte non-dialectique, puisque chez le mélancolique objet et sujet sont interchangeables quant à leur thèse et antithèse ; dès que l'on arrive à l'impact de la synthèse et que « l'ombre de l'objet tombe sur le Moi », il y a émergence d'une pensée ou d'un acte autocatastrophique. Nous y reviendrons.
Dans le même sens on peut se demander avec qui dialogue le mélancolique, si dia-logue existe. Qui le mélancolique aime-t-il, qui hait-il ? Ou plutôt comment s'aime-t-il ou comment se hait-il ? Cela nous fait penser au « masochisme réfléchi » que J. Laplanche élabore longuement à propos de l'agressivité et du masochisme dans Vie et mort en psychanalyse. Ce qui nous gêne dans l'établissement d'une liaison entre le mécanisme de la mélancolie et celui du masochisme, malgré la position indiscutablement réfléchie de ce dernier, c'est que dans le masochisme, même lorsqu'il est « sexuel-présexuel », il y a une fantasmatisation assez avancée dans le sens d'un statut fantasmatique de l'objet. (Par contre le masochisme, qui va de pair avec le sadisme, nous semble un élément important de la structure paranoïaque (1). Cette dernière présupposant des investissements dans un objet unifié, délimité, corporalisé et identifié par le sujet, ce qui n'est pas le cas pour la structure de la mélancolie comme nous allons le voir.) Cette capacité de distinction fantasmatique nous éloigne de la genèse première de la structure mélancolique, structure qui s'édifie au moment où le sujet vit le dilemme de la vie et de la mort dans toute sa cruauté vitale. A ce