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Je suis de ceux à qui leur première rencontre avec le Moïse de Michel-Ange fit une profonde impression. Je parle de l'œuvre elle-même, celle dressée dans l'église romaine de Saint-Pierre-aux-Liens, L'imprévu de la rencontre, un hallo discret d'inquiétante étrangeté, ne furent sans doute pas indifférents à la force de mon sentiment.
Je n'avais auparavant guère d'opinions sur la statue et le Moïse de Michel-Ange était pour moi, avant tout, un article de Freud, un essai mineur que je maintenais clos en son livre depuis des années.
Avec deux chers amis, devenus en ces jours de mai 1974 mes équipiers de bateau, nous étions en route pour embarquer à Messine; les aléas des correspondances: un avion manqué nous laissa de longues heures à Rome, trop longues pour n'y rien faire, trop brèves pour suivre un projet. Nous déambulions donc par les rues, au hasard des lubies de l'un ou de l'autre. L'une des miennes, d'ailleurs assez inhabituelles, me poussait à entrer dans tous les monuments rencontrés. A Rome, ce sont surtout des églises et, à la sixième, les deux Jean — on les désigne ainsi dans ces rencontres vagabondes — de se moquer, soupçonnant quelque conversion subite mais, complaisants et lassés, m'attendant sur le parvis ou dans quelque échoppe voisine. Nous ignorions où nous allions, ce qui nous amena dans un quartier triste et disgracieux; cherchant à le quitter, nous montâmes un raide escalier jusqu'à une place austère. Sur celle-ci, il fallait s'y attendre, une église. J'hésitais, craignant d'abuser et commençant à m'interroger; j'entrais quand même. Une nef immense et vide, froide et sans grâce; j'allais renoncer lorsque la tache sombre d'un groupe, au fond à droite, me fit pousser jusque-là. Il y était. Surprenant, écrasant, il m'enfermait dans sa solitude. Et puis: ce sentiment étrange et manifestement injustifié que je le cherchais