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On a coutume de reprocher aux psychanalystes de ne pas beaucoup parler de l'orgasme. On a fait le même reproche à Freud. Le terme n'apparaît en tout et pour tout qu'une douzaine de fois dans son œuvre (et toujours comme allusion ou dans une énumération), pratiquement jamais dans sa correspondance. Les deux traducteurs français successifs de La science des rêves ont, chose curieuse, fait disparaître à deux reprises le mot dans leur texte, de même que le premier éditeur des Etudes sur l'hystérie avait transcrit par organe le terme d'orgasme employé à deux reprises par Breuer. Notons enfin que dans l'un de ses tout derniers textes de 1938 Freud accompagne son allusion à l'orgasme d'un commentaire en français.
Les résistances à une clarté faite sur les tenants affectifs de l'orgasme, sont de toute évidence assez grandes. Je soutiendrai ici l'hypothèse que de telles défenses sont en grande partie économiquement justifiées, non seulement pour le bon ordre apparent des choses, mais surtout pour une bonne efficience orgastique.
.. Pour vivre heureux, vivons cachés. Il est certain en effet que ce sujet excite le voyeurisme des lecteurs ou des auditeurs et angoisse les exhibitionnistes ; aussi dès qu'on parle d'orgasme et qu'on cherche ainsi à ramener vers le conscient les composantes orgastiques, nous reconstituons automatiquement tout un réseau de défenses secondaires destinées à remplacer l'habituel refoulement, l'habituelle forclusion ou les habituelles inhibitions intellectuelles. On aborde donc l'étude de l'orgasme en recourant le plus souvent à l'ironie ou à la facétie, à la poésie ou au lyrisme, à la métaphore vétérinaire ou physiologique, au pathologisme exclusif, voire à une érotisation défensive de surface sous le couvert d'une prétendue expérimentation humaine ou d'une soi-disant enquête sociologique. Qu'on ne soit donc pas surpris de me voir utiliser ici la plupart des procédés que j'ai préalablement conjurés en les dénonçant chez les autres.