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« Le corps de la femme devient le double auto-érotique de Don Juan. Elle n'est qu'une partie de son corps, et réciproquement… Rien de la femme n'échappe à Don Juan, et certainement il fait « jouir » les femmes à leur plus haut niveau d'auto-érotisme phallique. »
Pour mon plus grand plaisir, j'ai tenté de suivre l'une des innombrables voies que Jean Gillibert ouvre devant nous dans son travail si riche en intuitions nuancées et en élaborations multiples à propos du domaine apparemment monolithique qu'est l'auto-érotisme.
L'auto-érotisme de Don Juan exige un objet pour s'accomplir : c'est la femme. J'ai donc tenté de comprendre ce qui rendait à Don Juan cet objet si facilement accessible. Je l'ai fait à travers les fantasmes que m'ont suggérés les trois rôles féminins créés par Mozart — et Da Ponte — dans Don Giovanni.
Quelles sont donc les structurations narcissiques et pulsionnelles féminines sur lesquelles Don Juan a cet impact immédiat et total qui le caractérise? Car enfin, même si Leporello — cette « partie basse » de Don Juan, comme l'apelle Pierre-Jean Jouve, et qui pourrait bien être le Moi de Don Juan, Moi faible et réduit à l'esclavage par ses pulsions perverses —, même si Leporello exagère dans l'air des mille tre, il m'apparaît indispensable à la cohérence du mythe de Don Juan d'admettre qu'il a un succès réel auprès des femmes, et qu'il les comble d'une certaine manière.
« Don Juan vit dans l'instant », disent Brigitte et Jean Massin ; « Don Juan est un adolescent », confirme Evelyne Kestemberg. Et il est de fait que la juvénile trépidation de son extraordinaire vitalité, ne s'entravant de nul doute obsessionnel — ni même du temps de la réflexion — peut faire de lui l'incarnation type de la splendeur phallique