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« Car ce Snark, c'était un Boojeum, figurez-vous. »
Ainsi s'achève le poème de Lewis Carroll La chasse au Snark (1876). A partir de cette affirmation il commença à écrire son « agonie » ainsi qu'il l'appela lui-même. Lewis Carroll (cité par Gardner, 1967), déclare que ce fut une phrase qui s'imposa à lui : les mots l'avaient précédé sans qu'il sache ce qu'ils voulaient dire. Ni alors, ni lorsqu'il termina le poème, il ne sut leur signification. Avec infiniment d'ironie il acceptait les interprétations. J'espère que celle que je lui offre sauvegardera la beauté poétique de l'énigme et que son dévoilement laissera cependant intact ce qui demeure caché.
Carroll prit cette affirmation comme une évidence existentielle : « c'était…, figurez-vous ». C'est pourquoi il m'a semblé légitime de prendre pour titre la dernière ligne du poème2.
« C'était un Boojum. » Deux sujets reliés en leur existence. Deux néologismes, pure signification ouverte, qui se signifient mutuellement. Entre eux deux, un interstice qui appelait un développement : il le fit sous forme de Tragédie. Il y a une prophétie et un inexorable accomplissement. Celui qui énonce la prophétie inscrit l'autre dans une structure prédéterminée et fatale. Tous deux partagent le même nom, nom oublié qui n'apparaît jamais.
« Mais, ô ! rayonnâtre neveu, gare le jourOù ton Snark sera un Boojeum ! Parce qu'alorsSoudain, tout doucement, toi, tu disparaîtrasEt jamais, jamais plus on ne te reverra ! »