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Le transfert et le narcissisme étaient considérés jusqu'aux dernières années, par la majorité des psychanalystes, comme des phénomènes incompatibles. Déterminante en ceci avait été l'opinion exprimée par Freud, que les malades souffrant de défectuosités caractérielles n'étaient pas traitables par la psychanalyse. Il opposait aux « névroses de transfert » (psychonévroses) les « névroses narcissiques » (que nous appelons aujourd'hui psychoses fonctionnelles), considérant l'incapacité pour ce genre de patients d'accéder à une relation de transfert, processus fondamental à la base de tout traitement psychanalytique. Il faut ajouter à cela que le concept de narcissisme, l'un des plus importants des contributions de la psychanalyse, est aussi l'un des plus confus. Freud lui-même, peu satisfait de sa formulation originelle, définissant le narcissisme comme l'investissement libidinal du Moi, écrivait à Abraham : « Le narcissisme fut un dur labeur et porte toute la marque de la déformation qui en résulta », et encore : « Que tu acceptes ce que j'ai écrit sur le narcissisme me touche profondément et nous rapproche encore plus. J'ai un fort sentiment de vexation par son insuffisance » .
Pour Freud, le narcissisme primaire représentait par définition un état qui précède toute relation objectale, un état précoce, où l'enfant investit toute sa libido sur lui-même, un état « indifférencié » où le clivage entre le sujet et le monde extérieur est inexistant ; quant au narcissisme secondaire, il le considérait comme un état de régression ou une structure permanente du sujet comportant le désinvestissement de l'objet et le retrait de la libido sur le soi, ceci présupposait la séparation du soi et de l'objet et l'investissement préalable de l'objet. (L'état anobjectal est aujourd'hui de plus en plus contesté.)
Cette incompatibilité, par définition théorique, existant dès le