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Si l'homme est menacé, il se défend ; parfois, en attaquant celui qui le menace ; parfois, en l'ignorant. Cette ignorance, elle peut rester sur un plan strictement psychique, comme Freud l'a montré par rapport au refoulement chez le névrosé. Mais dans les situations plus graves où la menace pesant sur la vie devient insupportable, il y a toujours la possibilité d'une fuite, c'est-à-dire d'une évasion dans l'espace. Peut-être, avec la même identité, pourrait-on vivre dans un autre pays ? L'histoire de notre siècle est trop riche, malheureusement, en exemples d'émigration. Mais pour ceux auxquels cette évasion dans l'espace est refusée parce qu'ils ne peuvent partir, il reste parfois la faculté de « changer de peau ». Si l'on a assez de santé psychique, c'est-à-dire si l'on supporte de changer de « contenant » tout en gardant son « contenu » propre, tout se passera bien. Le « clivage forcé » est réversible. Maintes histoires de maquis en donnent la preuve.
C'est dans ce contexte que je voudrais présenter l'exemple d'une femme du xviiie siècle dont l'identité de juive a été vécue comme menaçante : elle changea de nom et de religion pour acquérir « une peau reconnue ». Je me réfère à la biographie de Rahel1 Varnhagen (1775-1833) que Hannah Arendt avait presque terminée quand elle quitta l'Allemagne en 1933. Cette élève de Jaspers qui fut la première femme professeur à l'Université de Princeton, a tracé une biographie du rejet2 rarement réalisée à un niveau scientifique aussi élaboré. L'auteur qui n'a jamais apprécié « l'appareil pseudo-scientifique de la psychologie des profondeurs et de la psychanalyse » [1, p. 12], a, malgré tout, décrit l'univers du rejet avec une richesse inouïe. Hannah Arendt dit