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Ce livre est d'une tendresse désespérée ; on y sent que Barthes arrache à sa plume, à sa pensée le germe d'une création possible, peut-être un « livre » à venir, comme on dit, de fiction, une œuvre et son ouverture.
Quel chemin parcouru alors, chez cet homme, prodigieusement intelligent, accueillant, mais réservé (« masse de calme et visible réserve », comme eût dit Valéry) et égaré dans les pouvoirs et les faux-semblants d'une époque qu'il a contribué lui-même, par la force et le déliement de son écriture, à valider. Ce livre est bien le sujet, en effet, d'un pouvoir d'auto-affirmation. Enfin. Et ça n'est pas sans raison que l'écriture soit appelée et revendiquée pour ce faire… même s'il ne s'agit que de « discours amoureux ».
Barthes va-t-il découvrir que pour « aimer » c'est-à-dire pour sortir hors de soi, de l'autisme et de la solitude, il faut laisser tomber le « discours » — et les pratiques discursives — pour ouvrir un moment de vie à d'autres moments de vie.
La psychanalyse par ses « discours » n'a pas à rendre compte de cet écrit ; cependant le dialogue entre Barthes et la psychanalyse, depuis longtemps entamé par la référence à Lacan, prend ici un tour plus vif, plus aigu, plus vrai, moins descriptif et systématique.
Pour aller à autrui, chacun prend son chemin propre. Ce livre me paraît être le « chemin », à la fois signé par le deuil (je ne sais lequel) et par des retrouvailles (je ne sais non plus lesquelles).
Je connais Barthes depuis longtemps, par l'intermédiaire du Groupe de Théâtre antique de la Sorbonne. Mon admiration et mon désaccord sont toujours restés vigilants. Je ne me suis guère intéressé à ce qui le préoccupait.