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J'ai reçu, peu après la parution des Œuvres psychanalytiques de Tausk, une lettre de son fils Marius m'envoyant ainsi son article d'émotion filiale. Dans mon mouvement propre de familiarisation avec la personnalité de Victor Tausk, je m'étais arrêtée à l'image de ses enfants encore adolescents à sa mort et dont l'aîné Marius s'était chargé des dernières entrevues avec Freud et se destinait à la médecine. Je fus à mon tour émue de ce message de réalité me parvenant dans mon effort de reconstruction affective et intellectuelle d'un disparu, plutôt que mort : réalité tout imprégnée de fantasmes, reconstruction pour une réalité psychique. Dans le frémissement particulier à Victor Tausk, j'entendais, ténue, la voix de l'enfant que fut et que recréait un fils dans la mauvaise querelle faite au souvenir de son père : voix sérieuse en contrepoint des hâtes dogmatiques et ambiguës.
Si l'on ne peut confondre l'histoire de la pensée avec la pensée de ceux qui la font, il nous faut pourtant bien constater les tentatives d'amalgame auxquelles se livrent répétitivement les successibles. Il s'agit là, non pas tant d'un problème prévalent d'éthique, que d'un processus d'idéalisation pour un embaumement, ombilication des religions, effet exquisément culpabilisant des héritages, rassembleur de fratries où marque la brebis noire.
Ce n'est que sur le divan d'analyse que peut se démonter un mécanisme aussi intimement enchevêtré à la mort. Ainsi convient-il de respecter profondément le sentiment qui lie Marius Tausk à son père, d'autant plus qu'il lui a fallu, par ce sentiment, faire réponse à une ébauche de démonisme, envers ou négatif de l'idéalisation, accompagnant le retour des cendres de Victor Tausk dans les milieux analytiques.