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Un des trésors de la littérature allemande est une histoire, intitulée Sur le théâtre de marionnettes, du dramaturge Heinrich von Kleist (1777-1811), écrit en 1810, peu de temps avant qu'il mît fin à sa courte vie par le suicide. Kleist et son œuvre sont presque inconnus hors du cercle de langue allemande, mais ma fascination pour ce court récit — et pour une des autres de ses histoires courtes — a eu, comme je m'en rends compte rétrospectivement, une importance particulière dans mon propre développement intellectuel : c'est avec lui qu'est apparu pour la première fois mon intérêt scientifique pour un sujet qui m'occupe depuis plusieurs années.
Depuis que j'ai lu l'histoire de Kleist, durant mes années scolaires, j'ai été intrigué par l'effet mystérieux de ce simple récit sur le lecteur. Un danseur de ballet mâle, nous raconte-t-on, affirme, dans une conversation imaginaire avec l'auteur, que par comparaison avec la danse de l'être humain, celle des marionnettes est presque parfaite. Le centre de gravité de la marionnette est son âme ; l'animateur de marionnettes doit simplement se penser lui-même à ce centre pendant qu'il active la marionnette, et les mouvements des membres de celle-ci atteindront un degré de perfection inimaginable pour un danseur humain. Etant donné que les marionnettes ne sont pas soumises à la pesanteur et que leur centre physique et l'âme font un, elles ne sont jamais ni artificielles, ni prétentieuses. Le danseur humain, par comparaison, est conscient de soi-même, artificiel et prétentieux. L'auteur, en réponse au danseur, se souvient comment, quelques années auparavant, il avait admiré la grâce avec laquelle son compagnon mâle, tout nu, avait placé son pied sur une chaise. Malicieusement, l'auteur lui avait demandé de répéter le geste. Il rougit et essaya, mais devint embarrassé