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Il y a quelques jours, notre collègue Michel Asfar tombait sous les bombardements meurtriers dont les chrétiens de Beyrouth ont été les victimes. Il avait 47 ans. Psychanalyste passionné, collègue charmant et discret, ami sûr et fidèle, nous sommes nombreux à porter douloureusement son deuil.
Michel Asfar était un homme de ferveur. Fervent, il l'était pour sa famille, pour la psychanalyse, et pour son pays. Il aimait d'amour ce Liban millénairement cultivé et prodigieusement divers ; il entendait croire en sa pérennité ; il le voulait meilleur ; en dépit de la tourmente qui l'agitait, en dépit de dangers hélas trop vrais, et bien qu'il eût aisément pu venir en France où il était aussi comme chez lui, il ne voulut point le quitter. Il me l'avait, je m'en souviens, fait connaître lors d'une mission que j'effectuais de la part de l'Association psychanalytique internationale ; c'était encore la paix ; des anémones d'un rouge incroyable parsemaient les environs de Baalbeck et les prés fabuleux de Byblos ; on les dit nées du sang d'Adonis ; aujourd'hui, c'est hélas un autre sang qui s'est perdu.
Sa ferveur pour la psychanalyse était celle des pionniers, émouvante et telle qu'on n'en trouve plus en Occident. Il est vrai que là-bas tout était à faire. Il s'était attelé avec courage à cette tâche, non seulement dans son exercice psychanalytique, mais aussi auprès d'une excellente institution pour enfants que la situation de guerre a fait disparaître ; récemment, encore, au début de cette année, il me parlait avec son enthousiasme modeste du progrès qu'il contribuait patiemment à faire faire à la pensée psychanalytique chez les jeunes psychiatres de Beyrouth. Formé au sein de l'Institut de Psychanalyse de Paris, affilié depuis 1975 à notre Société psychanalytique, fidèle autant que les circonstances le lui ont permis aux Congrès des Langues romanes ainsi qu'au Séminaire de Perfectionnement, dirigé par Nacht, c'est aux travaux de chez nous comme à ceux de Freud qu'il s'était abr