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Vingt ans : c'est le souvenir. Il y a tout juste vingt ans, en 1958, avec Sacha Nacht, dans l'un des congrès de nos langues romanes, à . Bruxelles, nous présentions un rapport, déjà, sur les psychoses, consacré à la théorie psychanalytique du délire. La mode en ce temps-là n'était pas aux psychoses — ou du moins pas encore. Avons-nous par ce travail contribué à rendre les psychoses plus familières aux psychanalystes de nos pays, on peut l'espérer. A ce rapport j'avais pour ma part apporté mon expérience encore jeune des malades psychotiques, des lectures, quelques idées et une plume, et Sacha Nacht ce sens de l'essentiel qui l'inclinait infailliblement au cœur des forces de l'être. Mieux valait avec lui laisser au vestiaire les arabesques de la pensée et les préciosités du langage, dont les beaux esprits s'affublent de nos jours.
Nous avions fondé notre rapport sur l'équivalence du délire et de la psychose, équation qui n'a rien perdu à mes yeux de sa validité. Il nous importait d'explorer après Freud ce moment crucial, matriciel, où s'opèrent dans un éclair aveuglant le désinvestissement éperdu et le réinvestissement affolé du monde et de soi. Et de soi : l'être même, le moi, le soi, le self, la personne sont pris à partie dans les marées psychotiques, dans les flux et reflux des investissements qui sont constituants.
C'est en cherchant pourquoi tout un chacun ne délire pas que nous tâchions de comprendre pourquoi certains délirent : ils le font pour continuer d'exister. Le délire ou la vie : cette devise a été reprise depuis.
Déjà, donc, nous avions relié la pensée ou le penser à la relation d'objet, unis par le moi dans un sort commun. Tâchant cette année d'aller plus loin en compagnie des schizophrènes, j'ai repris la même