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Oscillation constante entre un pôle narcissique — ou de défense contre l'anti-narcissisme (Racamier, p. 38 et suiv.) — et un pôle objectal, tel nous paraît être le langage du schizophrène. Nous aimerions ici passer en revue quelques hypothèses concernant cet « art du langage dans le non-langage et du non-langage dans le langage », corollaire de l' « art de la relation dans la non-relation et de la non-relation dans la relation » (Racamier, p. 66).
Si, d'une part, le schizophrène s'inscrit narcissiquement dans son langage afin de ne pas se perdre, il concède par ailleurs un peu de son ésotérisme pour préserver son contact avec le monde dont il a besoin.
Sur un versant comme sur l'autre, tout mot existant ou virtuel1 peut devenir pour lui signifiant voilé de ses affects.
Les mots, même les plus usuels, peuvent prendre alors une acception neuve et singulière, et ceci procède d'un phénomène dont l'extrême serait la création d'un mot néologique2.
Ce « double message » ou plutôt ce double registre du néologisme piège la communication en raison de sa forme paradoxale et privée. Le sujet devient fou devant l'incompréhension de l'autre. Devient fou l'autre aussi à entendre un message véhiculé par une langue qui est pourtant sienne, mais entendue dans le climat de l'inquiétante étrangeté que provoque toute combinatoire signifiante « hors la loi » syntaxique ou sémantique3.