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A un extrême du couple des investissements narcissiques et objectaux se trouve le Tout, l'unité originelle, unité mère-enfant si chère à Winnicott. A l'autre extrême, il y a le Rien, le vide, dépression primaire où l'être aspire au non-être. Rappelons que, s'il est important de mettre le « sein » à la portée de l'enfant au bon moment pour qu'il puisse être créé par lui, le « non-sein » (Bion) doit lui aussi être vécu et métabolisé par l'appareil psychique de l'enfant afin qu'il puisse penser. Ce « non-sein », si nous avons bien compris l'auteur, avant de devenir, par l'intervention maternelle, mauvais objet ou objet persécuteur, constitue une première délimitation du vide, une première hallucination négative, qui évoque en chacun de nous le trou.
Les développements si fructueux réalisés par de nombreux psychanalystes1 nous permettent d'affirmer que si nous voulons mieux comprendre certains fonctionnements psychotiques, à côté des vicissitudes de la relation d'objet et des avatars du narcissisme, il nous faudra prendre en considération les états du vide : vide interne, vide externe, vide du côté du Sujet, vide du côté de l'Objet. Racamier nous en dit long sur ce sujet dans son chapitre sur « L'omnipotence inanitaire ».
A côté d'un vide nécessaire à tout développement psychique, il y aurait un autre vide qui ne se laisse pas cerner, un « trop vide » qui provoque l'horreur. Devant un tel vide, le Moi, surpris, angoissé, va déclencher une série de mécanismes qui peuvent aller du retrait autistique à la névrose de caractère. Cette terreur sans nom va constituer un état redouté et pourtant compulsivement recherché (Winnicott).
Notre propos est de montrer à l'aide de deux cas cliniques la destinée de cette horreur du vide dans l'organisation de certains modes de fonctionnement psychotiques.